Ce pilier de la « vieille école » continue de séduire les jeunes...
Casquette de base-ball, chaussures de sport, blouson, un fils - de deux têtes de plus que lui - à ses côtés : Maceo Parker pourrait être un homme sans histoires, marié, père de six enfants. Mais voilà, ce saxophoniste est l'un de ceux qui ont FAIT l'histoire du funk, au point que les nouvelles générations le tiennent pour l'un des piliers de la old school, la vieille école, celle des années 60 et 70, qui posé les bases indémodables du genre. Les jeunes amateurs de funk ont tous les mêmes mots pour décrire cet américain natif de Kinston (Caroline du Nord), âgé de cinquante cinq ans : «Maximum respect». Respect pour sa présence au sein des JB's Horns, la section de cuivres de James Brown, avec le tromboniste Fred Wesley et le saxophoniste Pee \/Vee Ellis ; respect pour sa participation au grand cirque de George Clinton avec Funkadelic, Parliament et la famille du P-Funk. Respect pour ses années sur la route, ses milliers de concerts, ses enregistrements par centaines.
Sueur et décollage
Pour une bonne partie de son public actuel, qui n'a pas vécu en direct ces heures de gloire et d'inventions, le plus important est que Maceo Parker continue d'entretenir la flamme du groove. Avec lui, c'est toute la baraque, des sous sols au toit, qui prend feu. A qui lui demande d'expliquer ce qu'est le funk, Maceo Parker est tenté de répondre : « Venez me voir sur scène ». Le moindre de ses concerts dure deux ou trois heures. On en sort en sueur après avoir décollé du sol sur des contretemps dansants. Pour cela, il suffit de pas grand-chose : « Une guitare qui soit la fois rythmique et qui conduise l'orchestre ; une basse électrique et un batteur qui forment un vrai duo, pour bouger ensemble, être léger et stable en même temps ; et puis un leader - un chanteur, un instrumentiste - qui embarque tout le groupe. »
James Brown, George Clinton et Sly Stone sont les fondateurs du funk. Maceo Parker n'irait jamais se comparer à eux. Mais il admettra quand même, sans modestie affectée, qu'il a pu de temps à autres amener aux deux premiers quelques idées. Pour ce qui est de James Brown, Parker est trop modeste. Le parrain de la soul s'est souvent approprié les compositions de ses musiciens, et leurs droits d'auteur. Le saxophoniste a participé à plusieurs formations de « Mister Brown », comme il continue de l'appeler. Costumes impeccables, chaussures cirées, le moindre faux pas, le moindre retard était puni d'une amende. Maceo Parker rejoint Brown dès 1964, le quitte en 1970, le retrouve en 1973, repart, revient au début des années 80, jusqu'à l'emprisonnement de James Brown en 1988. « Mister Brown est un grand artiste », dit simplement Maceo Parker.
Avec George Clinton, la discipline était bien plus lâche – quand Parker en parle, il dit «George». Grand allumé, fumeur de gigantesques pétards à la manière des rastas jamaïcains, Clinton installe sur scène, depuis le début des années 70, des hordes de musiciens, danseurs et choristes pour de longs concerts partagés entre improvisations vocales, théâtre et hymnes dansants. Avec Clinton, Maceo Parker délaisse souvent le saxophone pour devenir MC, maître de cérémonie, bonimenteur, chauffeur de salles. De ses deux « patrons », Maceo Parker a pris le meilleur. Rigueur et liberté. Sa carrière de leader le ramène d'abord vers le rhythm'n'blues de ses idoles de jeunesse, comme David Newman ou Hank Çrawford, saxophonistes chez Ray Charles « la grande voix de la soul music imbattable sur les tempos lents, étirés ». Mais c'est dans le funk qu'il prend ses aises.
250 concerts par an
Maceo Parker donne en moyenne deux cent cinquante concerts par an, aux Etats-Unis, en Europe, au Japon. La France l'adore. A Paris, il est passé d'abord en club, au New Moming, au Hot Brass, puis il a conquis le Bataclan et on vient d'ajouter une troisième date parisienne à ses concerts programmés dans le cadre du JVC Jazz Festival.
Bientôt, le Zénith deviendra trop petit pour lui. Les festivals de jazz se l'arrachent ; il y a conquis un public jeune. Et joyeux. On imagine d'ailleurs qu'il séduirait une assemblée de Hell's Angels... En concert, Maceo Parker ajoute à ses propres compositions quelques classiques, Ray Charles, des hits étiquetés James Brown comme Soul Power ou Cold Sweat, des romances de Marvin Gaye. On l'a vu récemment lors d'un concert américain de The Artist. Après Larry Graham, l'ancien bassiste de Sly and.the Family Stone, l'ex-Prince en continuateur de l'esprit funk sollicitera-t-il le métier de l'un des hommes du roi James ? Maceo Parker reste énigmatique. L' idée lui déplairait pas. Pour l'heure, sa musique prime qu'un slogan a ainsi résumé : « 2% de jazz, et 98% de pur funk ».