ROLLERSKATE : Quelle est selon vous, la définition exacte du funk ?
MACEO PARKER : (long silence) II n'y en a pas... Il y en a beaucoup... et en même temps, c'est très simple. Le funk est la musique de la joie, de la fête. On lâche tout, on oublie tout quand on écoute du funk. Une rythmique lourde, répétitive, sur laquelle des musiciens mettent le feu. Le funk, ce n'est rien d'autre que ça. Party time, c'est tout. Et chacun le vit comme il l'entend, le danse comme il le veut.
Avec Fred Wesley et Pee Wee Ellis, vous formiez à cette époque, derrière James Brown, une des plus grandes sections cuivres de toute la musique noire. Vous revoyez-vous de temps à autre ?
Vous savez, j'habite assez loin du mouvement des grandes villes, en Caroline du Nord. Et encore, quand je ne suis pas en tournée. Fred vit en Caroline du Sud, Pee Wee à Londres... C'est donc difficile de se retrouver. Mais j'ai gardé d'excellentes relations avec eux, je les vois de temps en temps. J'ai tant de souvenirs de ces années, sans doute les plus belles de ma vie. C'est vrai que cette section cuivres faisait très mal. Mais écoutez mon nouvel album, vous verrez que la relève n'est pas mal non plus... Je n'ai pas pour habitude de vivre dans le passé. Le présent et, surtout, le futur, m'intéressent bien davantage.
Contrairement à d'autres saxophonistes du même tonneau, voilà plus de trente ans que vous restez fidèle au funk. Les autres musiques ne vous font pas vibrer ?
C'est vrai, j'ai toujours joué du funk. J'aime pourtant toutes les musiques : le jazz, bien sûr, mais aussi Gerschwin, Debussy ou Mozart. Mais je n'aime pas me disperser. Le funk est ma musique. Je m'y consacre totalement. Je suis le garant de ce son, de la fête que cela génère. Je donne du bonheur aux gens, c'est ma passion. Mais c'est aussi une lourde responsabilité...
Sur vos deux derniers albums, Prince est venu arranger quelques morceaux. Est-ce le début d'une collaboration plus soutenue ?
La rencontre avec Prince s'est faite le plus naturellement du monde. Nous étions en train d'enregistrer dans le même studio. Il m'a proposé de venir jouer avec lui, sur son album. C'était comique, car il s'est agenouillé devant moi, devant tout le monde, en disant que s'il était un Prince, je serais le roi ! (rires) C'est alors que je lui ai demandé de venir jouer à son tour, sur mon album. Il s'est amusé comme un fou, et nous aussi. Ce gars est un fou génial. Et un super guitariste...
Que pensez-vous des jeunes loups du hip-hop, qui samplent aujourd'hui vos morceaux pour en nourrir leur « gangsta rap » ?
Sur le plan juridique, il y a aujourd'hui de très bons avocats pour s'occuper de ça. Mais maintenant que tout cela est réglé, je peux vous dire que je ne suis pas hostile au hip hop. Mon fils Corey, d'ailleurs, rappe sur un des morceaux du dernier album. Je pense même que le hip hop a réussi à maintenir notre musique en vie pendant les années noires du funk. S tous ces jeunes s'expriment autant, s'ils font du rap, c'est que quelque chose ne tourne pas rond au sein de notre société. C'est logique. Le hip hop est le funk d'aujourd'hui. Le funk est une musique qui doit se régénérer, se renouveler sans cesse.
Dernière question : savez-vous que votre musique, le funk, a bercé plusieurs générations de rollerskaters, de New-York à Paris. La grande époque du quad, dans les années 80 ?
Ah bon, à Paris aussi... Vous savez, le funky stuff est tellement universel. N'importe qui peut puiser dans l'énergie de cette musique. Elle rend heureux, dégage de bonnes vibrations. E tous cas, continuez de rouler avec ma musique, rien ne pourra me faire plus d'honneur que de savoir que l'on prend du plaisir à m'écouter. Merci, du fond du cœur, merci !