Interviews

MACEO PARKER

Par Virgin Megapresse, Otto Rivers - 1998

Maceo Parker est un homme patient. Avant d'entamer une carrière solo il y a quelques années, cet extraordinaire saxophoniste a longtemps accompagné Bootsy Collins, George Clinton et surtout James Brown. Un parcours unique dans les annales de la musique noire-américaine, entièrement placé sous la bannière du funk!


Vous avez pris votre temps pour vous mettre à votre compte...
Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais à chaque fois les circonstances en ont voulu autrement. Je me suis toujours retrouvé embringué dans les projets des autres, un peu malgré moi, parce qu'il n'est pas facile de dire non à James Brown ou de résister au bagout de George Clinton. En même temps, je n'ai jamais voulu me presser, aller plus vite que la musique. J'ai toujours eu la certitude d'avoir en moi quelque chose de différent, j'étais confiant mais c'est vrai que ça commençait à faire long.

On a cru un moment que vous vous dirigiez vers le jazz. Pourtant comme son nom l'indique, "Funkoverload", votre nouvel album, n'a jamais été aussi funk. Vous avez changé d'avis ?
J'aime beaucoup le jazz, mais si je suis sincère avec moi-même, mon vrai truc, c'est le funk. C'est la musique que j'aime le plus et que je fais le mieux. Le funk, c'est l'explosion, la fête, les gens qui se lâchent et se mettent à danser. Le plaisir que l'on trouve dans le jazz est plus intime, plus cérébral, moins communicatif. Or, mon job, ma mission, c'est d'alleger autant que possible les soucis des gens, d'apporter de la joie. Ma musique sert avant tout à cela.

Votre histoire est étroitement liée à celle de James Brown. Pendant près de vingt ans, vous avez travaillé à ses côtés, qu'avez-vous appris auprès de lui?
Enormément de choses. Le perfectionnisme d'abord, et puis surtout l'art de déchiffrer très vite un public. Savoir ce qu'attendent les gens dans la salle, se rendre compte quand quelque chose marche ou non, si c'est trop long, trop court, trop lent, trop fort... Bref, réagir et adapter le concert au quart de tour. James est un champion à ce petit jeu.

On le dit tyrannique, assez radin et terriblement exigeant avec ses musiciens...
Disons que c'est quelqu'un qui a toujours voulu être le meilleur et qui a travaillé dur pour y parvenir. Ce n'est pas facile de faire travailler une vingtaine de personnes ensemble. Si vous êtes sur la même longueur d'onde, tout va bien. C'est ce que j'ai toujours essayé de faire, me mettre à sa place, comprendre ce qu'il voulait.

Pourtant vous l'avez quitté plusieurs fois. Notamment en 1972, où vous êtes parti avec pratiquement tout l'orchestre pour fonder un nouveau groupe, Maceo et les Kingsmen. Vous vous souvenez?
Bien sûr. Ça faisait déjà un petit moment que je voulais partir mais je ne m'attendais pas à ce que les autres m'emboîtent le pas. Ce sont eux qui ont voulu ce groupe, pas moi. Sur le papier, c'était une équipe de rêve, la crème du funk de l'époque, les musiciens de James Brown, oui mais sans James Brown, et c'était là le problème. Deux ans plus tard, un à un, nous sommes tous retournés vers "Mr Sex Machine". Au fil du temps, nous nous sommes mis à le considérer comme une sorte d'école, une fac où il fallait séjourner de temps à autre pour se perfectionner et décrocher des diplômes ! Malgré tout ce qu'on a pu dire sur lui, c'est un très grand bonhomme, un type vraiment unique qui a profondément marqué la musique d'aujourd'hui et changé le destin de millions de personnes.

Quel souvenir gardez-vous de George Clinton ?
Celui d'un type lui aussi exceptionnel, mais complètement aux antipodes de James Brown. Avec James, il fallait porter un uniforme, la même cravate, les mêmes couleurs. George, lui, n'en avait rien à foutre. Chaque gars pouvait s'habiller comme il le voulait, en cosmonaute, en cowboy, en cheminot ou même jouer à poil si ça lui chantait. L'un des grands talents de George, c'est son pouvoir de synthèse. Chaque instrumentiste apporte sa pierre, ses idées, et lui excelle à tout faire tenir ensemble et à donner de la gueule à l'édifice. C'est un type impossible à copier. Je n'ai retenu que des petites choses : le son nonchalant du P. Funk ou les chœurs de vierges extatiques (rires) dont il aimait pimenter les compositions.

Et Bootsy Collins?
Ah celui-là, c'est un cas. Lui aussi a joué avec James, mais quand je n'y étais
pas. Sur scène, on le remarquait déjà, ce grand type avec sa drôle façon de jouer de
la basse. Son grand truc, c'est d'écouter les gens en souriant. On a vraiment l'impression qu'il vous prête une oreille attentive, qu'il ne loupe rien de ce que vous êtes en train de dire, alors que son esprit se balade à des années-lumière de là. C'est un truc dont il se sert tout le temps avec tout le monde et qui lui évite beaucoup de discussions inutiles. Il faut le voir faire ça en studio avec les ingénieurs du son, c'est un régal.

Finalement, quelle a été votre expérience artistique la plus satisfaisante ?
(sans hésiter) Travailler pour moi. Même si c'est plus compliqué, qu'il y a beaucoup plus de problèmes à gérer, je n'ai aucun regret. C'est comme quand on conduit une voiture pour la première fois, ça fait un peu peur mais qu'est-ce que c'est bon.

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