Interviews

MACEO PARKER

Par RECORDING MUSICIEN n°20, C.G. - 2003

Maceo Parker "2% de Jazz, 98 % de Funk"
Maceo Parker a de l'oreille, bien sûr, mais aussi des idées. Saxophoniste de James Brown, George Clinton ou Prince, il est aussi producteur de ses propres albums. Pour que vive le funk.


Recording : Vous avez passé l'année 2002 sur la route. Comment avez-vous eu le temps d'enregistrer « Made by Maceo » ?
Maceo Parker : On trouve toujours le temps, même s'il faut parfois enchaîner les nuits blanches.

Une question de discipline ?
Pas forcément. On peut appeler ça comme on veut. Regarde : tu t'es déplacé pour me rencontrer aujourd'hui. Tu appelles ça de la discipline ? Tu as bravé le froid et les embouteillages pour venir jusqu'à moi. Tu as pris de ton temps pour venir me parler. Discipline ou pas, je sais que tu es là, et c'est le principal. Pour l'enregistrement, c'était la même chose. Il fallait qu'on rentre en studio et on l'a fait. Point barre.

L'album s'intitule « Made by Maceo ». Êtes-vous devenu une marque déposée ?
Je ne crois pas. Nous n'avons pas appelé l'album ainsi pour cette raison. Pour "Dial Maceo", le concept était de faire appel au plus d'invités possible. « Ce ne serait pas chouette si Ani Di Franco venait jouer de la guitare sur ce morceau ? Et si on appelait James Taylor pour ce titre-là ? Et Prince, tu crois qu'il pourrait produire celui-là ? » Cette fois, il ne s'agit que de mes idées. C'est mon groupe qui joue, mes gars, à l'exception de Candy Dulfer, présente sur 2 titres.

Vous avez produit vous-même cet album. Comment définissez-vous votre rôle de producteur?
De l'oreille. De l'oreille et des idées.
James Brown vous mettait en face d'un micro et vous demandait juste de jouer. George Clinton délirait à la console. Dans quel camp vous situez-vous ?
(Un temps) On a toujours une idée de ce que l'on veut accomplir. L'avantage que j'ai, c'est que j'enregistre avec mon groupe. Ils pourront toujours me suivre si je démarre une mélodie au piano, un peu comme si j'étais le professeur.

Sur le poster promotionnel de « Made by Maceo », on peut lire « Made by man, not by machines ». Revendiquez-vous le tout analogique ?
Ça vient de la maison de disques, pas de moi. On joue live, on ne fait pas appel aux boîtes à rythmes ni aux clicks ou aux ordinateurs. S'il y en a que ça branche, tant mieux pour eux.

Bootsy Collins expliquait récemment que, pour lui, les musiques électroniques représentaient le funk d'aujourd'hui. Qu'en pensez-vous?
Bootsy se tient au courant. Ce n'est pas mon cas. Je monte sur scène chaque soir en faisant mon propre truc. Je ne suis pas influencé par untel ou untel quand je rentre en studio. Mes fans sont là pour entendre ce que je fais depuis des années. Si je changeais quoi que ce soit, si je me mettais à jouer Satin Doll ou Cheerokee tous les soirs, si je me mettais au jazz traditionnel, ça ne passerait pas. Si les amateurs de jazz veulent écouter du jazz, ils savent ou aller. Quand tu vas voir George Clinton, tu sais ce qui va se passer. Tu es venu pour Parliament/Funkadelic, pas pour entendre les Beach Boys ou les Rolling Stones.

Lady Luck ou Moonlight in Vermont proposent pourtant une ouverture vers le jazz ?
Sur Lady Luck, mon trompettiste Ron Tooley joue un phrasé jazzy sur un shuffle, mais le beat est assez funky pour qu'on danse dessus. Je ralentis un peu sur Moontight in Vermont. C'est une ballade. Juste un piano et un sax alors que le reste de l'album est très funky. « Made by Maceo » reflète ma démarche en tant que musicien.

C'est-à-dire?
2 % de jazz, 98 % de funk.

Vous effectuez plus de 250 concerts par an. Pourquoi n'avez-vous pas sorti d'album live depuis « Life on Planet Groove » ?
C'est prévu. Mes 2 prochains albums seront live.

On vous a vu sur la tournée mondiale de Prince. Qu'avez-vous retiré de cette expérience ?
J'adore travailler avec lui. J'aime faire partie de ses expériences. Il aurait pu appeler quelqu'un d'autre. Jouer dans son groupe, c'est une récompense.

On a dit qu'il allait produire cet album.
En fait, il va produire un de mes prochains albums. Je fais toujours partie de son groupe et j'espère que ce projet se réalisera bientôt.
La prestigieuse Rythm'n'blues Foundation va prochainement vous récompenser avec un prix d'honneur pour votre carrière.
C'est la première fois que je reçois un prix. Je vais faire partie de la promotion 2003 du rythm'n'blues (rires) !

On attribue parfois ce genre de prix à des artistes en bout de carrière.
Arrêter ma carrière? C'est moi qui décide, pas la fondation.

Lu 1415 fois



Nouveau commentaire :

Vous pouvez poster ici-même vos commentaires. L'équipe de rédaction se réserve le droit de supprimer ou non un commentaire, si ce dernier n'est pas en rapport avec l'article publié sur cette même page.
 

Infos XML