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Dimanche 5 Septembre 2010
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Interviews
MACEO PARKERPar Jazz Notes, Franck Médio - 2003« Ma musique, c'est 2 % de jazz et 98 % de funk »
Rencontre avec le saxophoniste Maceo Parker qui, après avoir été le compagnon de musique de James Brown, George Clinton et Bootsy Collins, vole de ses propres ailes.
« Je suis originaire de Caroline du Nord, j'ai passé mon enfance à Kinston. J'y suis né en 1943. Il y avait toujours de la musique à la maison, mes parents étaient musiciens, mon père était pianiste, ma mère chanteuse, ils jouaient du gospel à l'église. Le gospel et le blues, ce sont les racines de ma musique. Mon frère Melvin a choisi la batterie, Kellis le trombone et moi le saxophone, j'avais huit ans. Je me souviens que quand j'ai commencé à jouer du saxophone, tout le monde voulait jouer comme Charlie Parker, John Coltrane et Cannonball Adderley. Ce n'était pas mon cas. Mes saxophonistes préférés étaient David « Fathead » Newman, King Curtis et Hank Crawford et non pas Coltrane et Bird... Et puis, ce que je voulais faire avant tout, c'était du Maceo Parker. Avec mes frères Melvin et Kellis, gamins, on s'amusait bien, nous avons formé un petit orchestre, les Blue Note Juniors. En fait, je me suis toujours intéressé à la musique, j'ai toujours aimé ça, j'ai toujours voulu devenir musicien, j'ai pris cette décision très tôt. Mes frères et moi, on devait avoir huit-dix ans quand on a formé cet orchestre, on jouait à Kinston et dans les villes aux alentours. À ce moment-là, on jouait surtout du rhythm'n'blues. L'une de nos références principales, c'était Ray Charles. Je jouais surtout du saxophone ténor et de la flûte, ce n'est qu'après que j'ai adopté l'alto. J'ai été intégré dans le groupe de James Brown grâce à mon frère Melvin. Ce qui s'est passé, c'est que James Brown a entendu mon frère jouer, et il a beaucoup aimé son style très funky. Il lui a dit qu'une fois ses études terminées, s'il le voulait, il pourrait faire partie de son orchestre. Un an et demi plus tard, c'est ce qui s'est passé, en 1964. Mon frère lui a parlé de moi, disant que je cherchais du travail. Il m'a alors proposé de jouer du baryton, ce que je ne jouais pas... Chez James Brown, j'ai donc commencé par jouer du saxophone baryton, ce n'était pas du tout mon instrument, mais il m'a engagé pour ça, je n'avais pas le choix. On peut d'ailleurs m'entendre jouer du baryton sur « Out of sight » et « I feel good ». Plus tard, quand le ténor du groupe St Clair Pinckney est tombé malade, je l'ai remplacé, j'ai alors enfin pu jouer du ténor. C'est, si mes souvenirs sont bons, l'époque du disque « Papa's got a brand new bag » de « Mister Brown ». On dit que j'ai joué un rôle important dans le groupe de James Brown, j'ai fait au mieux, chacun apportait sa pierre à l'édifice. J'ai de très bons souvenirs avec James Brown, d'autres beaucoup moins bons, mais je préfère me souvenir des meilleurs... En fait, ça ne rigolait pas toujours avec lui, car il fallait suivre les règles très strictement, sinon ça pouvait mal se passer. Je lui dois beaucoup, j'ai beaucoup appris à ses côtés, j'ai surtout appris l'exigence. C'est dans le groupe de Brown que j'ai fait la connaissance du saxophoniste Pee Wee Ellis et du tromboniste Fred Wesley avec qui j'ai formé le groupe Maceo & All the King's Men en 1970. Ce groupe a duré trois ans, puis j'ai à nouveau joué au sein des JB's Horns. J'ai alors adopté le saxophone alto. C'est, je pense, l'instrument qui me correspond le mieux. En 1976, il y eut une autre rencontre marquante : George Clinton. Autant avec monsieur Brown, ça ne rigolait pas tous les jours, autant avec George, c'était la rigolade voire le délire permanent. J'ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui, à faire partie de Parliament-Funkadelic. J'ai participé à de nombreux projets, que ce soit avec Fred Wesley et Pee Wee Ellis, Bootsy Collins, Keith Richards, Living Colour, les Red Hot Chili Peppers ou Prince qui a d'ailleurs participé à mon disque « Dial M-a-c-e-o ». Puis, petit à petit, j'ai souhaité voler de mes propres ailes. C'est ce que je fais depuis pas mal d'années maintenant, depuis le début des années quatre-vingt-dix et les disques « Roots revisited », « Mo'Roots » et « Life on Planet Groove ». Ce qui est important, primordial pour moi, c'est d'avoir une liberté totale. J'ai joué dans différents groupes, j'ai joué différentes musiques, mais ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est faire ma propre musique. Il y a beaucoup de choses différentes dans cette musique, du jazz, du blues, du funk, du rap, et je crois qu'elle correspond de plus en plus à ce que j'ai réellement envie de faire. Je décide de tout, je suis vraiment libre. Je me mets au piano, j'essaye des chose j'expérimente, puis je retiens certaines idées. Je le dis souvent, ma musique, c'est 2 % de jazz et 98 % de funk. Le funk, c'est la musique que j'ai toujours écoutée et aimée. C'est la musique de la fête et de danse, c'est la musique de la joie. Tu peux ne pas te sentir très bien, tu décides d'aller au concert, tu écoutes la musique, fais la fête et tu te sens bien mieux, beaucoup mieux, c'est formidable ! Mon rôle c'est de donner de la joie, du bonheur. Ce que je véhicule dans ma musique, c'est la fête, la joie, le bonheur, l'amour et l'harmonie. Quand je vois les gens prendre du bon temps, danser sur ma musique je suis très content, c'est une très grande satisfaction. La scène, c'est ma vie. Je prends toujours autant de plaisir à donner des concerts, jouer du saxophone et divertir. Je donne à peu près deux cent cinquante concerts par an dans le monde entier, c'est parfois très fatigant, mais c'est ma vie, c'est ce qui me passionne. On m'invite à venir jouer, c'est la responsabilité d'un artiste comme moi d'accepter toutes ces invitations. Je suis toujours très honoré d'être invité à jouer à Tokyo, New York ou Paris. Plus je prends de l'âge, plus je me rends compte que ma responsabilité d'artiste est importante. La musique est nécessaire à tous. » Lu 1396 fois
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