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MACEO PARKER

Par Jazz Magazine - 1998

L'alto funky, dépositaire majeur du son (James) brownien, a chargé son album « Funkoverload » d'une bonne dose de « groove ». Quelques semaines après la parution d'un nouvel opus et la rencontre de son ex-comparse Fred Wesley, les tontons funkeur n'ont décidément pas l'intention de passer la main.



Dès le titre, votre nouvel album annonce la couleur...
Après plusieurs enregistrements ouverts à d'autres styles, notamment le jazz, j'ai voulu revenir avec un projet centré sur le funk. Je constate pendant mes tournées que le public très jeune adore cette musique. J'avais envie de leur faire plaisir...

Lorsque vous avez entamé ce que l'on peut appeler votre seconde carrière, en leader, vous avez souhaité présenter d'autres facettes de votre jeu et votre attachement pour le jazz.
J'étais « marqué » par mon passage dans l'orchestre de James Brown — on me connaissait presque exclusivement sous cette étiquette. Il me semblait nécessaire de montrer un aspect moins connu et néanmoins important de mon background. Je prends plaisir à jouer différentes choses, j'imagine que le public aussi a envie d'entendre un standard de jazz, puis un morceau groovy.

Contrairement à votre compère Fred Wesley, dont le premier amour était le bebop, vous avez surtout joué du funk.
Je suis entré tout jeune dans le groupe de James Brown. Pendant mes années de collège, J'avais joué dans des big bands, des trios... Mais j'étais attiré par le funk, par ce que cette musique déclenche—j'aime voir le public heureux, se lever, danser, prendre autant de plaisir à nous écouter que nous en ressentons à impulser cette syncope.

Vous avez grandi pendant l'âge d'or du saxophone. N'avez-vous pas été tenté de suivre l'exemple des géants de cet instrument ?
Arrive un moment où l'on se demande : « Que puis-je apporter à une musique qui doit tant au génie d'un maître comme Charlie Parker ? » J'avais à peu près seize ans lorsque j'ai décidé de trouver l'expression qui collait à ce que je ressentais, à ce que je vivais. Mais tout gosse, j'admirais surtout les souffleurs de Ray Charles : David Newman, Hank Crawford, Leroy Cooper. J'étais, et je reste un grand fan de Ray Charles. J'écoutais aussi Stanley Turrentine, Cannonball Adderley, King Curtis, lllinois Jacquet.

Vous êtes entré dans la formation de James Brown à vingt-et-un ans. Avez-vous été influencé par vos prédécesseurs dans ses groupes ?
Non. J'étais jeune, mais j'avais quelques années de pratique derrière moi, en club notamment. James Brown et son style authentiquement funky représentaient le top du top à l'époque, tant au niveau de la performance que du concept musical. C'était très fort : un ouragan dans le monde de la musique — être de cette aventure si jeune représentait une chance évidente.

Dans quelle mesure a-t-il influencé votre jeu ?
Je crois sincèrement que j'avais déjà ma propre personnalité. Il m'a d'ailleurs choisi parce qu'il pensait que j'avais un style qui se fondrait parfaitement dans son orchestre.

Vous avez débuté au baryton et au ténor. Pourquoi être passé à l'alto ?
C'est James Brown qui a pris cette décision, pour ajouter de la dynamique au son d'ensemble. Je travaille de temps en temps le ténor, mais je ne suis pas satisfait du son que j'obtiens. Je n'enregistrerai pas tant que je ne me rapprocherai pas de ce que je recherche.

« Funkoverload » contient plusieurs reprises de succès de la soûl, de Marvin Gaye, Stevie Wonder, Sly Stone...
J'aime récriture de Marvin Gaye. Il avait quelque chose de spécial : on reconnaît immédiatement sa patte. J'ai eu la chance de le connaître alors que J'étais encore au lycée.

Avez-vous joué avec lui ?
Oui, en concert, au début des années soixante. Il n'avait pas de groupe régulier. Il venait de publier son tube, Stubborn Kind Of Fellow. J'ai appris qu'il cherchait des musiciens. Nous avons été engagés, mon frère et moi (Ndlr- Melvin Parker, batteur, aîné de Maceo, rejoindra aussi l'orchestre de James Brown, en même temps que son cadet, en 1964).

Des chansons comme Let's Get It On vous permettent de montrer une autre facette de votre jeu, plus lyrique…
Oui, mais mon style est définitivement axé sur le rythme. Même dans les tempos lents, comme Inner City Blues, j'essaie d'attraper le groove.

Vous n'avez pas tellement enregistré comme sideman...
Il faut être prudent dans ce domaine. On peut vite galvauder son intégrité de musicien si on se disperse trop, si on répond à toutes les sollicitations. J'ai refusé pas mal de choses... Cela dit, je suis flatté que l'on m'appelle et je préfère cette situation à celle que l'on a vécue, il y a sept ou huit ans, au début du sampling, lorsqu'on empruntait des bouts de mes solos ou de mes riffs sans me prévenir.

Votre fils, Corey, rappe sur votre album...
Ce sont ses débuts. Hip hop et funk peuvent fonctionner ensemble, surtout en public.

Etes-vous resté en contact avec Fred Wesley, Pee Wee Ellis, Bobby Byrd, vos anciens partenaires ?
Oui. Nous avons désormais chacun nos groupes, mais ça n'exclut pas la possibilité de nous retrouver sur quelques morceaux en studio...

Et James Brown ? Nombre de vos fans rêvent d'une reconstitution de son orchestre avec ses musiciens de la grande époque...
L'idée d'une telle réunion dépasse peut-être ce que l'on pourrait offrir. C'est sans doute mieux ainsi : ne pas éteindre cette flamme dans l'imaginaire des gens. Maintenant qui sait ?



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