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MACEO PARKER, le funk par coeur

Par Campus mag Musik, Romain Cousi - 2003

Dans la Sainte Trinité du funk, j'ai nommé : Mister James Brown, George Clinton et... Maceo Parker, l'homme au saxo d'or. Ça fait maintenant quinze ans que le génial second a pris son envol en solo, pour le plus grand bonheur des mélomanes de tous pays. Formé à l'école Brown, le saxophone ténor du grand JB est depuis longtemps reconnu comme un virtuose de génie doublé d'une bête de scène. Globe-trotter infatigable, Maceo a malgré tout le temps de sortir un cinquième album solo, le sémillant Made by Maceo. Ecoutez ce son, et courez voir le monstre sur scène, vos jambes n'ont pas fini de remuer.



Hôtel Lutecia, Paris. Maceo a eu soixante ans il y a quelques jours, laissez-moi vous dire qu'il n'en parait rien. Le pape du funk des années 1990 a minci, il porte le costume et ne quitte pas ses lunettes noires. Histoire de me chauffer un peu, il fait quelques pas, ouvre son étui et empoigne l'instrument doré qu'il a l'air de connaître. Et là c'est la claque dans ma gueule. Juste comme j'aime. Maceo gratifie le hall de l'hôtel d'une mise en jambes (en doigts) qui fout des frissons violents. Il a un concert à la fin de la semaine, il doit s'exercer régulièrement et il ne fait pas semblant. Le sax lui obéit au doigt et à l'œil, il sort des sonorités pour lesquelles il n'avait pas été conçu à l'origine et il n'en est pas peu fier. Tu m'étonnes. Son "papa" enchaîne 240 interviews dans la même semaine (!), il peut s'autoriser quelques instants volés avec son instrument, sa drogue. Le monstre se calme. Il a pu vérifier que personne ne lui avait piqué son talent, il peut revenir s'asseoir à mes côtés. Rassuré.

Maceo, tu joues toujours avant une interview ?
Non ! Je pars aux USA dans trois jours, j'ai des concerts à donner, et je dois jouer beaucoup avant d'entamer une tournée, c'est absolument nécessaire. Là, ça fait quinze jours que je n'ai pas joué, et il va me falloir au moins 2-3 heures par jour pendant 5-6 jours pour être vraiment en forme. Alors quand j'ai des interviews, j'essaie de voler un peu de temps.

Tu as eu 60 ans le jour de la Saint-Valentin ? C'est pas un vieux coup de bluff ?
Non, je ne sais pas, je suis content d'être en forme. J'ai choisi d'être un performer et c'est ça qui me rend heureux et épanoui. Ma vie c'est d'apporter la musique aux gens, c'est ça que je sais faire.

Tu es né dedans ?
Oh, quand j'avais 15 ans, je ne savais pas que j'en arriverais là, pas du tout. J'ai eu une éducation musicale, d'excellents professeurs, mais ce que je voulais, c'est seulement être capable d'avoir un groupe, d'être un performer à mon échelle. J'aurais rêvé de jouer aussi longtemps, d'en vivre. C'est comme si je pratiquais un hobby toute ma vie. C'est ça qui me maintient au top physiquement. Si je suis assez chanceux pour performer toute ma vie, je ne m'en priverai pas.

Rien ne te lasse aujourd'hui, avec l'expérience ?
La seule chose qui m'ennuie vraiment, c'est la menace de guerre dans le monde. J'ai l'impression que c'est le début d'une période où l'humanité va droit dans le mur. L'année 2000 est un mauvais tournant, on dirait. On dirait qu'il y a un jeu dans la guerre, et je trouve ça assez triste. Les différends pourraient être résolus autrement. Et ça, ça me fatigue.

La musique a un rôle à jouer dans cette dérive ?
La musique peut faire quelque chose, c'est sûr. Elle promeut la paix et l'harmonie, la musique est positive par essence, comme tous les arts de manière générale. Elle est une manifestation pacifique, et il est sain d'en faire partie. Contrairement à ceux qui nous gouvernent, les présidents et autres premiers ministres... ils feraient bien d'essayer quelque chose d'autre, beaucoup de gens sont concernés dans leurs histoires.

Ils devraient essayer le funk ?
Pourquoi pas ? Il faut leur fournir de la musique, et moi je suis prêt à en jouer partout, la musique est préférable à beaucoup d'autres choses. Ça fait sourire les gens, ils se mettent à chanter tout seuls, la musique est comme une poignée de mains. Quand on joue sur scène, le message que nous délivrons, c'est "on vous aime", et ça donne envie aux gens d'aimer ceux qui vivent autour d'eux.

Tu joues plus pour les autres que pour toi ? Oh, ça fait longtemps que je ne joue plus pour moi. J'ai surtout des gens à satisfaire, ceux qui veulent écouter le Maceo way. Il faut divertir les gens, c'est bien ça le but du funk, c'est les vibrations " I feel good ". Tout ce qu'on fait, on peut le faire avec du funk.

Tout est question de feeling ou la technique demeure-t-elle fondamentale dans le funk ?
Tu dois de toute façon connaître la base. Il y a des trucs jazzy beaucoup plus techniques, mais moi ce que je préfère c'est vraiment divertir et performer. Tout est fait pour ton public, tu dois sentir ce qui doit être joué, ce que les gens ont besoin d'entendre pour vibrer. Viens me voir à un concert, je pense que tu aimeras ce qu'on joue : c'est fait pour ! Quand tu entends du funk, tu as envie d'entrer dans la fête.

Rentrons dans le vif du sujet : le funk, c'est quoi ?
C'est comme le blues, c'est un état d'esprit, une humeur. Le blues est plutôt triste, lancinant, le funk c'est autre chose. Dur à définir. Le funk est ce qu'il est, il existe par lui-même. La musique que l'on joue, c'est celle qui te fait te sentir le mieux quand est venu le temps de s'amuser et de danser. Le jazz ne te fait pas vraiment danser, mais le funk ! Je peux vraiment voir les gens s'amuser, il y a beaucoup d'énergie en eux, et ça dure plus longtemps que les applaudissements grâce au funk. C'est l'essence du funk, et je pense que même Dieu doit danser.

Quel a été l'héritage des plus grands dans le jeu de Maceo ?
Quand je suis devenu musicien, le type qui m'a le plus donné l'envie, c'est Ray Charles. Je me disais : "si je peux jouer du saxo comme il chante !..." Des chansons comme Georgia on my mind ou I can't stop loving you sont éternelles. Ensuite bien sûr, James Brown m'a beaucoup appris, surtout dans le rapport avec le public. Savoir comment et quand jouer tel truc, l'importance du timing, l'intérêt de répéter mille fois une chanson... un professionnalisme incroyable. Clinton m'a plus montré comment on peut créer quelque chose de théâtral sur scène. Globalement, je suis très fier d'avoir joué avec de grands musiciens, je pense notamment à Prince, qui est un vrai génie. Il sait tout faire, tout jouer, et il le fait super bien. Tout ça n'a qu'un objectif : s'élever, aller toujours plus haut.

Et quel est l'apport personnel de Maceo dans la planète funk, selon toi ?
Oh, je suis juste fier d'être dans l'histoire, dans cette histoire, de faire partie de l'héritage à venir. J'aurai donné mon style, et aujourd'hui les gens ont le choix d'obtenir cette musique, on existe, on a gravé quelque chose dans le marbre. Le funk a voyagé partout dans le monde, on a offert à tous du bon temps, des sourires, on fait partie d'un mécanisme très positif.

Comme un Messie apporte la bonne nouvelle ?
Oui, peut-être, d'une certaine manière. On promeut la paix, l'amour, la joie d'être ensemble... c'est finalement assez proche de l'idéal du messie.

Dieu joue un rôle important dans ta vie ?
Oui, le créateur m'a tout donné. Le talent, c'est-à-dire la capacité de faire ce que tu fais, c'est Dieu qui le donne. La plupart des personnes qui excellent dans un domaine sont nées avec ce talent, ils doivent ça au créateur. Comme Michael Jordan...




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