Vos premières incursions en solo datent du temps de votre collaboration avec James Rrown, au tournant des années 70. Pourquoi avoir attendu tout ce temps, pour devenir un leader ?
Il faut d'abord dire que pendant toutes ces années je n'ai pas arrêté de travailler. J'étais très demandé, et pas par n'importe qui : James Brown, George Clinton, Bootsy Collins, tous les plus grands noms de la funk music...
Comment résister quand des artistes de cette envergure vous proposent de jouer avec eux ?
La vie était douce et passionnante pour moi à cette époque ; je participais à des aventures humaines et artistiques uniques et je n'avais d'autre responsabilité que de prendre du plaisir a bien jouer du saxophone. C'était très agréable cette insouciance. Quand vous êtes le leader d'un groupe, tous les membres, quand ils ont un problème, quel qu'il soit, c'est à vous qu'ils s'adressent. Je savais jusqu'à ces dernières années que je n'étais pas prêt pour ça. Quand vous sautez le pas, la différence est énorme. C'est comme conduire une voiture quand on a été toute sa vie passager. Celui qui conduit doit savoir où il va et faire en sorte de vous y emmener sain et sauf. Finalement, la vie, c'est toujours la même chose : il y en a qui conduisent pendant que les autres dorment.
Vous avez joué avec tous les plus grands. Quels sont vos meilleurs souvenirs ce cette époque ?
Si je regarde derrière moi, ma vie ressemble à une grande fête ! Ce que je garde, c'est une incroyable sensation de plaisir ininterrompu... Toute mon aventure auprès de James Brown, par exemple, c'est du plaisir pur... Mais comme je vous disais, je n'avais rien d'autre à faire que jouer et m'amuser... C'est l'apanage de la jeunesse cette insouciance qui vous fait passer dans la vie avec légèreté.
Qu'est-ce que Brown vous a finalement appris de la musique ?
D'abord que la musique c'est un savant dosage entre plaisir et discipline, et qu'on ne peut pas avoir l'un sans l'autre ! Ensuite il m'a appris comment « lire » une audience, comment sentir une salle. Savoir saisir si les morceaux sont trop longs, trop courts, trop rapides, s'il faut prolonger un groove parce que la salle prend, ou au contraire le stopper. J'ai passé de nombreuses années à le voir composer ainsi avec le public et modifier la musique suivant l'humeur du lieu et du moment pour que la magie opère. C'est une des choses les plus précieuses qu'il m'ait enseignées. Parce que la musique finalement ça doit rester du plaisir.
Après quelques incursions du côté du jazz, vous semblez être revenu à un funk beaucoup plus simple et direct. Quel genre de musique avez-vous envie de jouer aujourd'hui ?
J'aime le funk, c'est toute ma vie ! Je pense pouvoir jouer n'importe quel autre genre de musique, mais c'est en faisant du funk que je me sens le plus heureux. Parce que c'est une musique festive, directe, qui touche un très large public.
On trouve également quelques séquences de rap dans votre dernier disque. Etes-vous toujours à l'écoute de ce que la jeune génération peut apporter de neuf ?
C'est mon fils qui râpe sur le disque. Il m'a apporté quelques-uns de ses morceaux, on s'est aperçu que ça fonctionnait avec ma musique, on a décidé de l'enregistrer, voilà l'histoire. Ça apporte une autre couleur, une autre énergie à mon univers. Pour le reste dans le rap comme ailleurs, il y a du bon et du mauvais. En général je n'aime pas ce qui diffuse des énergies négatives, tous les discours de violence et de mépris véhiculés par un certain rap sont à l'opposé de ma conception de la vie et de la musique. Finalement j'aime la paix, l'amour et l'harmonie - ce sont ces valeurs que ma musique reflètent. L'art doit servir à réunir les gens pas à les opposer.
Après cette tournée, avez-vous quelques projets de disque ? J'essaie de réunir autour d'un projet commun quelques « grands » pour qu'ils produisent un ou plusieurs titres sur mon nouvel album. Pour l'instant j'ai pris contact avec Prince, Stevie Wonder... J'ai bon espoir que tout ça se réalise.