Chroniques

Le saxo Funk…

Par Télérama, Michel Contat - 1994


La nouvelle idole a plus d'un son dans son sax. Il mixe funk et jazz et insuffle amour et joie à une jeunesse en manque.
Il prétend qu'il joue "98% funk et 2% jazz". Un slogan un peu réducteur pour une vraie révélation. A 50 ans, Maceo Parker, le saxophoniste qui a soufflé toute sa vie derrière les autres, est devenu une star. Avec une musique qui chauffe, qui fait bouger, grimper sur les fauteuils ou carrément les casser. Le public ? Partout le même. Mélange des âges, mais majorité de garçons et de filles de 16 à 20 ans, qui s'éclatent en concert comme s'ils allaient en boîte. Maceo n'en revient pas : "ils sont de plus en plus jeunes à venir nous écouter, même dans les clubs de jazz où d'habitude ils ne mettent pas les pieds. Et là, ils dansent sur place pendant deux heures et plus, le doigt tendu au bout du bras..."
Des salles en transe, pourtant, il en a vu ! De 1964 à 1984, avec des intermittences pas seulement dues aux séjours du "boss" en prison, il a accompagné James Brown, me parrain du rhythm'n'Blues et de la soul incendiaire. Engagé d'abord au saxophone baryton, Maceo passe au ténor (premier solo concédé, en 1965, sur "Papa's got a brand new bag") puis à l'alto. Il dirige une section de souffleurs, la fameuse "JB Horn Base" : les cuivres et les sax les plus incisifs qu'une mégastar noire ait jamais intégrés à son spectacle de pure dynamite sensuelle, avec Fred Wesley au trombone et Pee Wee Ellis au saxo ténor. De vieux complices qui partagent son nouveau triomphe aujourd'hui.
Un tel succès en Europe, pour une musique qui n'a pas le potentiel érotique de celle de James Brown, ça le rend un peu perplexe. "C'est une génération paumée et gentille, qui craint le chaos. Et qui a des problèmes avec le sexe. Notre musique invite à le vivre comme une chose heureuse, chaude ou brulante, mais qui ne fait pas peur. Je leur prêche le "Soul Power", l'idée que vous avez votre force intérieure, indépendamment du groupe social auquel vous appartenez. C'est le pouvoir de faire et d'être votre propre personne." Ca c'est le côté zen de Maceo Parker. Le Funk ? "Danse, amour, sexe, odeurs fortes, épicées." Le groove ? " c'est quand tout baigne, une sensation délicieuse." Si on lui dit que cette vie sur la planète Groove (titre d'un de ses albums) qu'il prône est une utopie gentille, il se marre :"c'est une idée de producteur. Un bon titre, en plus. Le premier disque sous mon nom. "Roots Revisited", était plus jazz, parce qu'après tout, nous venons tous de là, du gospel, du blues. Après j'ai voulu que ce soit plus funk, et le dernier disque "Southern Exposure", mélange un peu les deux, avec l'accent du sud. Le sud, c'est mon histoire, je suis né à Kinston, North Carolina. C'est là que j'ai vu Little Richard pour la première fois et tous les spectacles, les revues..."
Un passeur, entre la sensualité simple du funk et la sophistication intelligente du jazz ? "ça ne me dérange pas d'être considéré comme un pont pour la nouvelle génération. Personne, et surtout pas moi, ne me considère comme un génie à la Charlie Parker. Je n'ai jamais voulu l'imiter, je voulais sonner à ma façon, qu'on reconnaisse Maceo. J'aime jouer de la musique qui rend heureux. Si grâce à mon funk, les jeunes vont ensuite écouter Wynton Marsalis ou des disques de Duke Ellington,tant mieux. La musique est comme la vie, vous ne vous sentirez pas demain comme vous vous sentez aujourd'hui. Dans une semaine ou dans cinq ans. Il vous faudra une autre musique. Mon rêve, c'est me mettre un jour au piano et composer une chanson éternelle comme "Georgia on my mind" ou "On the sunny side of the street..."
Lu 1897 fois



Nouveau commentaire :

Vous pouvez poster ici-même vos commentaires. L'équipe de rédaction se réserve le droit de supprimer ou non un commentaire, si ce dernier n'est pas en rapport avec l'article publié sur cette même page.
 

Infos XML