Nous les connaissons, les géants du funk. Ils sont vite répertoriés. D'abord, indétrônable vainqueur : James Brown, qui est au rythme ce que Céline est au style. Ensuite, nous trouvons George Clinton qui, avec Funkadelic, Parliament ou en solo, ne sait produire que des albums miraculeux. Et après, juste après, ce qui n'est pas rien, nous rencontrons Maceo Parker. Tous ces gens-là n'ont plus 20 ans, loin s'en faut. Tout pourtant paraît ringardissime face à leurs opus. Maceo, avec Funkoverload, aurait pu se contenter, comme font chez nous les vieux cons, de suivre le rap : c'eût été le subir. Au lieu de cela, il le redéfinit, l'intègre à son univers, l'assimile à sa manière, sans jamais se renier, et au final nous assène une œuvre impossible, faite d'hématomes et de syncopes, d'arrêts cardiaques et d'épilepsie. C'est un disque qui déteste tellement la mort qu'il répudie jusqu'à la dernière petite sieste. Il faut rester debout, ne pas baisser la garde : on passerait sa vie éveillée en écoutant Funkoverload en boucle. Que les lecteurs qui n'ont pas le réflexe groove fassent une exception pour cette fois : ils ne seront pas plus intelligents après, mais ils seront plus heureux. C'est toujours ça de pris. Quand on rencontre Maceo, c'est ça qui frappe d'abord : son bonheur d'être là. Et là où il est, croyez-moi, ils ne sont pas nombreux.